On l'imagine né dans un atelier feutré, pensé dès le départ comme un objet d'exception. La réalité est plus terre à terre : le sac Kelly descend directement d'un accessoire d'écurie.

Hermès ne commence pas par la maroquinerie. En 1837, la maison est un atelier de sellerie parisien : elle fabrique des harnais, des brides et des selles pour les attelages. En 1892, cet héritage donne naissance au Haut à Courroies, un grand sac de cavalier conçu pour transporter une selle et une paire de bottes.

Dans les années 1930, Robert Dumas reprend cette silhouette équestre et la réduit à une taille urbaine. Ce sac trapézoïdal, structuré et discret, s'appelle alors le Sac à Dépêches. Il séduit une clientèle élégante, sans jamais devenir une légende. Il lui manque un visage.

Ce visage arrive en 1956. Grace Kelly, actrice devenue princesse de Monaco, est enceinte et traquée par les photographes. Pour dérober son ventre aux objectifs, elle place son Sac à Dépêches devant elle. Le cliché fait la une du magazine Life et se diffuse dans le monde entier. Dans les boutiques, on ne demande plus « le Sac à Dépêches » mais « le sac de Grace Kelly ».

Le plus fascinant, c'est le temps qu'Hermès met à réagir. La maison ne rebaptise officiellement le modèle qu'en 1977, vingt et un ans après la photo. Un sac dont le nom a été imposé par le public, et que la marque a fini par accepter, à retardement.

Aujourd'hui, le Kelly compte parmi les sacs les plus chers de la planète. Derrière son statut d'icône se cache une vérité savoureuse : le sac le plus désiré du monde est un sac à chevaux qui a rétréci, propulsé par un instant de pudeur devant des paparazzi.

